Numéro 1 • Téléchargeable

Postface – Vers des humanités, tout simplement ?

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Nous le savions déjà et les textes qui précèdent en constituent autant de preuves : le digital est omniprésent, dans toutes les sphères sociales et économiques, de l’art à l’industrie en passant par les loisirs et les études, sans oublier la santé, la mobilité ou les médias. Autrement dit, tous les aspects de la société soutenus par des phénomènes communicationnels, informationnels ou organisationnels se structurent à partir, ou s’articulent autour de technologies, de procès ou de data numériques ou numérisés. Nous vivons dans un milieu qui a fait sien le numérique et s’est construit à partir de ses propositions, à tel point que nos pratiques changent, nos repères se transforment, nos valeurs évoluent.

N°1 : Le texte à venir

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“Cette revue ne sera pas une revue, c’est-à-dire une expression panoramique des activités culturelles, littéraires et politiques de notre temps. Il y a très peu de chose qui doivent nous intéresser dans cette revue, ou en d’autre termes nous ne devons pas donner l’impression que nous sommes curieux de tout. Ou encore, nous ne devons nous intéresser qu’au tout, là où le tout est en jeu, et toujours retrouver cet intérêt et cette passion du tout ; puis, nous devons nous demander si l’intérêt essentiel ne va pas aussi à ce qui est en dehors de tout.”Maurice Blanchot – texte préparatoire au projet de “Revue Internationale” (1960-1964), publié dans la revue Ligne n°11, 1990. La revue Études DigitalesDepuis quelques années, nombre de livres et d’articles décrivent les changements qui...

Prince et princesse, 0 et 1. Note sur la résistance du signifiant en ambiance binaire

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Le « jeu de l’imitation », imaginé par Turing pour tester s’il convient de qualifier une machine de pensante, en appelle de façon essentielle à la différence des sexes, et à la possibilité de s’en affranchir : sont en effet comparées les facultés respectives d’un homme et d’une machine à se faire passer pour une femme. Cependant, quand l’homme s’efforce par le langage de subvertir la dualité des sexes, la machine ne peut le concurrencer qu’en absolutisant une autre dualité, celle du code binaire.

Texte Intégral

Traitement des textes, sens et logique des formats

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Avec les Études digitales se dégage un horizon de la textualité qui se réélabore dans une reconfiguration, où le texte et l’écriture comprise comme traitement du texte superposent le signe et le code informatique. Une première partie s’intéresse à la relation de la raison graphique à une raison computationnelle ; dans une seconde partie, la complémentarité entre l’activité noétique et l’activité de la technologie donne lieu à une approche de la morphogenèse du sens, autour de la notion de format.

Texte intégral

Du texte aux données. Texte digital, philologie numérique et dispositif d’attention

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Cet article propose une réflexion sur les transformations du texte littéraire imprimé au texte digital enrichi à des fins de recherche et d’interprétation. Cette transformation au format numérique met en jeu non seulement un changement ontologique de l’objet texte mais aussi une mutation des pratiques phénoménologiques de lecture et de manipulation des « données textuelles » en vue d’une nouvelle approche de l’attention.

Texte intégral

Quelles sont les conditions de l’organisation des savoirs humains ? Dialogue entre Vannevar Bush, Theodor Nelson et Michel Foucault

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Dans quelles conditions l’hypertexte organise-t-il le savoir humain ? L’archéologie de la notion permet de remonter à la première définition et au concept de Theodor Nelson puis Vannevar Bush. La différence d’approche de ces deux fondateurs recouvre le partage de deux moments distincts : l’un relevant du machinal, l’autre du mental en se référant à l’approche de Michel Foucault.

Texte intégral

Algorithme et tradition. Texte, récit, transmission

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Cet article pose la question de la croyance aux prévisions ou aux préconisations produites par les algorithmes. Dans quelle mesure un récit, et plus généralement une transmission se trouvent-ils en capacité d’intégrer l’environnement algorithmique? S’agit-il simplement d’un développement particulier des formes anciennes de littératie et de numératie, ou d’une transformation plus profonde du régime de la mémoire?

Texte Intégral

De Moby Dick à Emoji Dick. Ce que traduisent les émoticônes

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Cet article explore les apories propres à Emoji Dick, traduction iconoclaste en émoticônes du Moby Dick de Melville et récit exemplaire paradoxal du paradigme traductif : somme romanesque sans romanesque, lingua franca résistant au déchiffrement, artefact de l’ère numérique au vocabulaire puisé dans les ressources électroniques qui s’en remet pourtant au papier pour assurer sa diffusion.

Texte Intégral

Du fragment daté au corpus patrimonialisé. Numérisation et muséalisation de l’article de presse mauriacien

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Le Centre Mauriac de l’université Bordeaux Montaigne porte depuis plusieurs années le projet d’une édition numérique des textes de presse de François Mauriac. L’article est orienté vers la conception et l’alimentation d’un dispositif d’édition répondant à des pratiques spécifiques d’écriture et de lecture. À travers l’analyse du dispositif numérique il entend suivre la fabrique d’un patrimoine écrit qui participe à une redéfinition de la mémoire mauriacienne.

Texte Intégral

La maison d’écranvain

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Sites et blogs d’écrivain proposent des scénographies numériques d’œuvres qui rapprochent ces nouveaux supports éditoriaux des musées ou des maisons d’écrivain. Il s’agit d’analyser la muséalité de ces œuvres-objets inscrites, selon la logique anthologique qui prévaut sur le Net, dans des séries qui sont autant de collections

Texte Intégral

D’une ipséité à l’autre. Les avatars du texte dans la composition musicale numérique

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L’apport du numérique dans le champ musical a donné lieu à une révolution textuelle et compositionnelle. L’écriture et l’édition de la musique en ont été entièrement bouleversées. La musique écrite sous de tels auspices génère des interrogations sur sa dicibilité, le rapport à sa propre construction et à sa génétique, sa relation à la rhétorique musicale traditionnelle et son empirisme en vue d’une «musique du futur».

Texte Intégral

Quelques apports de Jack Goody. Les humains au prisme de leurs techniques

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Jack Goody, 16 juillet 2015. Ses centres d’intérêt étaient multiples mais fédérés par une double approche : un profond universalisme, jamais démenti ; une curiosité pour les supposées oppositions entre technique et culture. En détaillant ces points, nous montrons la fécondité de sa pensée et aussi l’efficacité de ses apports pour qui veut comprendre l’Internet.

Texte Intégral

« Le grand entretien » avec Emmanuël Souchier

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Le grand entretien d’Emmanuël Souchier, mené par Franck Cormerais, Jacques Athanase Gilbert et Laurent Loty, évoque les axes majeurs de sa recherche : l’écriture, la sémiologie du texte et de l’image, le texte et les supports «numériques». Auteur des théories de « l’énonciation éditoriale » et de « l’écrit d’écran » et des écrits de réseaux, il s’intéresse aux pratiques de communication « infra-ordinaires » liées à la «mémoire de l’oubli» ainsi qu’aux rapports entre littérature et communication.

Texte Intégral

Dans la disruption. La main, ses doigts, ce qu’ils fabriquent et au-delà

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Dans la disruption appréhende la crise de l’éducation et des savoirs dans le contexte de leurs conditions organologiques posées par l’extériorisation des systèmes de rétention tertiaires. Il s’agit en effet de constituer une archihistoire qui permettra de saisir la mesure du processus de grammatisation en œuvre afin de pouvoir replacer l’homme et la société dans ce nouvel environnement anthropocénique et développer une épistémè des technologies de savoir et de pouvoir.

Texte intégral

Digitalisation et redistribution des raretés. Qui paie pour la gratuité ?

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Les conséquences de la digitalisation des processus techniques et économiques qui accompagnent aujourd’hui « la couverture des coûts de l’homme », pour reprendre une expression de François Perroux, mais aussi les interprétations qui, sur le plan théorique, s’emparent du paradigme numérique dans les domaines des sciences humaines, s’accompagnent sur le plan épistémologique d’un renouveau des interrogations sur des problématiques centrales, à l’image des théories de la valeur et de la propriété.

Texte intégral

Digital versus numérique

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Le comité de rédaction a souhaité mettre en discussion une opposition pour commencer une rubrique qui sera consacrée à des problèmes de terminologie. L’emploi d’un vocable n’est jamais neutre, aussi il paraît souhaitable de s’interroger sur d’adoption d’un mot qui vient qualifier études dans la revue Etudes digitales. Si étude renvoya d’abord au soin avant de qualifier aujourd’hui le travail intellectuel dans l’application à apprendre, le terme digital ne va pas de soi. Son emploi n’est pas stabilisé par l’usage. Il y a là nous paraît-il un enjeu qui n’est pas seulement de vocabulaire mais qui recouvre une façon d’aborder, si ne n’est de penser, notre relation aux technologies de l’information et à l’acte de numérisation.

Texte Intégral

De « numérique » à « digital »

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La Suisse Romande connaît depuis 2012 des développements institutionnels qui comportent l’adjectif «digital» : laboratoire d’humanités digitales à l’EPFL, laboratoire de cultures et humanités digitales et spécialisation de master à l’Université de Lausanne. La situation francophone académique est donc plurielle, et le débat devrait viser à en expliciter les enjeux plutôt qu’à gagner à une cause. A noter tout d’abord que dans l’expression «humanités digitales», le terme d’«humanités» signale également un emprunt à l’anglais: on ne l’utilise plus guère en français, où on a toutefois gardé l’expression désuète «faire ses humanités».

Texte Intégral

Digital ou numérique ? Il s’en est fallu d’un doigt

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J’ai d’abord pensé qu’il fallait opter pour l’un des deux termes, puis en googlelisant je me suis aperçue que les deux camps avaient chacun des arguments recevables, hormis celui qui consiste à rejeter « digital » au nom d’un conformisme ou d’un chauvinisme linguistique de mauvais aloi. Rappelons en effet que « digitalisation » est une création française (vers 1970, selon le Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert), cependant que l’anglais « digitalization » signifie l’administration de digitaline.

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Digital : parce que le doigt… et le toucher

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A l’inverse de « computer » qui ne veut rien dire en français, « digital » est un mot qui s’entend en français autant qu’en anglais. En français, « digital » désigne l’adjectif correspondant au doigt, avant d’être cet anglicisme qui reprend tel quel le mot pour son acception en anglais, à savoir, effectivement, numérique, puisqu’en anglais « digit » signifie chiffre.

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Humanités digitales versus humanités numériques, les raisons d’un choix

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Je vais tenter ici de tracer quelques arguments en faveur de digital. Ce choix est aussi celui d’une évolution personnelle sur le sujet et d’un véritable projet de recherche personnel qui va désormais m’accompagner au moins sur les deux prochaines années. Ce sont en fait les pro-numériques qui m’ont incité à affiner ma réflexion et à trouver davantage d’arguments en faveur de « digital », choix que j’avais déjà fait notamment pour le titre de l’ouvrage : le temps des humanités digitales. En effet, lorsque j’ai relayé l’appel à communication sur twitter pour le numéro sur le texte d’Etudes Digitales, j’ai essuyé une série de critiques voire de moqueries quant à l’usage du mot digital. Digital semble un barbarisme ou un terrible anglicisme notamment pour certains de mes...

The task of digital studies

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After the revolutions of Neolithic agriculture and Enlightenment industry, the Digital Revolution constitutes the ‘third’ great cultural shift of human history (Rifkin 2013), or even of an expanded Anthropocene, understood to have begun when our artificial selection of the Pleistocene megafauna triggered the Quaternary extinction event (Doughty, et al. 2010: 1). But deriving from digitus, or finger, the organ through which we manipulate tools, digital studies moreover pertains to the study of technical objects and their relationship with the humans who use them; to the cultural constitution of our species through the acquired experience of our ancestors, which is ratcheted up in the tools we use to carve ourselves out a future.

Texte intégral

Le numérique se pratique avec les doigts

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Dans un texte publié le 14 janvier 2014 dans le journal Le Monde, Marlène Duretz raconte sa quête de sens à propos du couple digital/numérique. Interrogeant son moteur de recherche, l’encyclopédie Wikipédia l’informe que « bien que les terminologies officielles française et québécoise préfèrent ‘numérique’, l’usage de ‘digital’ en français se perpétue ». Pour l’adjectif ‘digital’, écrit-elle, le Trésor de la langue française propose deux pistes définitionnelles : « relatif au doigt » (digitus) ou « qui est exprimé par un nombre » (numerus). De son côté, le Grand Robert définit ‘digital’ comme ce « qui appartient aux doigts » : ici nulle trace d’une synonymie avec le ‘numérique’. En langue française, le terme ‘digital’ semble décidément relié au ‘doigt’…...

L’IRI et les études digitales

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Les humanités numériques se sont longtemps limitées à l’analyse quantitative des documents issus des sciences humaines et sociales en mobilisant la statistique, l’informatique et l’ingénierie des connaissances. L’automatisation de ces processus d’analyse y tient une place centrale tout d’abord, et historiquement, pour l’extraction automatique de données à partir du texte, de l’image ou du son. Ici la « métadonnée » est constituée par des mots ou par des descripteurs. Puis l’on s’est intéressé à la production de modèles de connaissance, ou ontologies, permettant de catégoriser ces métadonnées et par conséquent d’établir entre elles des relations dites sémantiques. Enfin l’informatique et notamment le domaine de l’interaction homme-machine s’est appliqué à développer...