Charles Thibout est chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et enseignant à l’université Paris-Diderot – Paris 7. Il est notamment l’auteur de plusieurs chapitres d’ouvrages à paraître, dont « International Violence » (en collaboration avec K. E. Bitar) dans B. Badie, D. Berg-Schlosser et L. Morlino, Handbook of Political Science. La compétition internationale autour de l’intelligence artificielle repose sur une vision fantasmée des possibilités offertes par la technique. Les mythes et les imaginaires nationaux nourrissent d’espérances religieuses ces technologies prométhéennes et les traduisent en termes politiques, jusqu’à la confrontation, promesse apothéotique pour certains, salvatrice pour les autres. Mots clés : Intelligence artificielle...
« Technochamanisme et les mutations de l’imaginaire mystique contemporaine »
Carlo Eduardo Souza Aguiar, docteur en sociologie à l’université Sorbonne-ParisCité. Enseignant-chercheur en philosophie de la technologie à la faculté Paulus de technologie et communication, São Paulo, Brésil.
Les nouveaux imaginaires du numérique, qu’on peut désigner sous le terme de technochamanisme, se caractérisent par un mysticisme immanent en quête
de reconnexion avec la nature par le biais des technologies. Cette mutation induit une nouvelle configuration matérielle du numérique ainsi qu’une crise écologique synthétisée. Pour y faire face, un ensemble de pratiques et de représentations sont réunies au Brésil sous le nom de technochamanisme.
Mots-clés : Technochamanisme, Brésil, nature, écologie, numérique.
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« Le grand entretien avec Maurizio Ferraris »
Jacques Athanase Gilbert est professeur de littérature générale à l’université de Nantes et historien des idées et des représentations. Son travail est consacré aux questions de la mimèsis, de la représentation et de l’immersion. Il s’intéresse également à l’évolution des modalités du texte en régime digital. Maurizio Ferraris, philosophe italien de l’université de Turin, est le fondateur du Centre d’ontologie appliquée. Il s’est fait connaître en France, dans le domaine des études digitales, par plusieurs ouvrages remarqués. Il circule au sein des questions relatives au digital. Une originalité de son parcours tient à sa position entre tradition herméneutique et réalisme. Le « Grand Entretien » est consacré à Maurizio Ferraris, philosophe italien de l’université de Turin, fondateur du...
« Les techniques de gestion du temps dans les architectures de flux »
Christian Fauré est directeur associé. Il dispose d’une expérience éprouvée dans le domaine des technologies de l’information et de l’industrie des services. Ses
compétences en processus d’affaires, logiciels d’entreprise, commerce électronique, architecture d’entreprise et méthodologies sont reconnues. Professionnel de recherche de haut niveau, il est titulaire d’un MBA en Management (Sorbonne Université).
L’article consacré aux « techniques de gestion du temps dans les architectures de flux » confronte le temps de l’événement à celui de son traitement et interroge l’effet de ce subtil mais constant décalage.
Mots-clés : Techniques, gestion du temps, architectures de flux, événement, traitement du temps.
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« Le communisme réalisé »
Notre époque connaitrait « la société la plus proche du communisme que
l’histoire ait jamais connue ». Cette thèse peut paraître paradoxale à l’heure où la concentration des richesses parvient à un niveau rarement atteint.
L’article s’essaie à penser les formes ontologique et sémiotique d’une société liquéfiée et d’une nouvelle forme de capital « documédial », qui transforme les marchandises en documents et révèle la consommation comme le réel investissement du travail.
Mots-clés : Communisme, document, capital documédial, consommation, marchandise.
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« Religiosité de l’Internet vietnamien. @ de l’origine de la technique en Occident à la croyance contemporaine en TIC et en le numérique au Vietnam »
Anh Ngoc Hoang, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université catholique de l’Ouest (UCO), mène un examen critique d’un certain nombre de transformations sociétales contemporaines, vietnamiennes et françaises, liées aux dispositifs numériques. Ses travaux récents questionnent l’approche communicationnelle sous un angle épistémologique. Cette étude met en lumière la religiosité des technologies d’information et de communication (TIC) et de l’internet vietnamien. D’abord, une analyse historique et philosophique traitera de la religiosité de la technique digitale à ses origines. Ensuite, sera appréhendée la question de la religiosité de l’internet vietnamien par une approche anthropologique dans le temps long, puis une approche communicationnelle...
N°4 : Immersion
En hommage à Paul Virilio “L’espace-temps de la représentation opto-électonique du monde, n’est plus celui des dimensions physiques de la géométrie, la profondeur n’est plus celle de l’horizon visuel, ni celle du point de fuite de la perspective, mais celle uniquement de la grandeur primitive de la vitesse, la grandeur de ce nouveau vide (vide du vide) qui remplace désormais toute étendue, toute profondeur de champ (géométrique, géophysique) […]” Paul Virilio, L’espace critique, 1984, Bourgois, p. 51. Immersion et perception L’immersion participe d’une déréalisation ou d’une surréalisation du monde, comme on voudra, mais elle induit également une profondeur du temps qui efface l’espace en le virtualisant. Le terme d’immersion se trouve aussi très largement utilisé depuis plusieurs...
« Topologies de l’immersion »
Laurent Lescop est architecte, docteur, HDR et enseignant-chercheur à l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes. Son enseignement et ses recherches portent sur la conception narrative, les dispositifs immersifs et la réalisation d’environnements en 360°. Il anime de nombreux ateliers dans l’océan Indien, en Colombie, en Russie et en Europe sur les utilisations innovantes de la 3D. L’approche topologique de l’immersion permet de déterminer les typesd’espaces en jeu dans les expériences immersives. On oppose le réel au virtuel mais la question est plutôt de type diégétique. Il existe bien des espaces construits ou symboliques, continus ou disjoints. La topologie proposée souligne les processus de transition d’un espace à l’autre pour appréhender la frontière entre le réel et le...
« Habiter l’immersion »
Jacques Athanase Gilbert est professeur de littérature comparée à l’université de Nantes. Il est également philosophe. Après s’être intéressé aux questions des relations entre mimèsis, imitation Christi et représentation, il a orienté sa recherche versl’immersion, dans sa dimension digitale mais aussi culturelle. L’article fait suite à une conférence donnée à l’Ensan en 2018. Il pose la question des relations entre représentation et immersion, en cherchant, au-delà des aspects seulement technologiques liés aux technologies qui intègrent à la multiplicité des points de vue comme la VR, à faire apparaître les fondements culturels et philosophiques d’une telle différence. Il s’agit de tenter une archéologie de l’immersion. Mots-clés : Représentation, immersion, point de vue, 360°, panorama...
« L’immersion des dispositifs artistiques nomades vue par la philosophie de la perception-action »
Bruno Trentini est maître de conférences à l’université de Lorraine en théorie des arts plastiques, il est membre du GDR ESARS (esthétique, arts et sciences) et directeur de la revue Proteus, cahiers des théories de l’art. Il s’intéresse aux questions du sublime dans l’art contemporain ainsi qu’aux œuvres immersives et interactives et plus généralement à l’épistémologie de l’esthétique. L’article interroge la possibilité d’une immersion à travers l’utilisation de dispositifs artistiques nomades, à l’aune d’une réalité « objective ». Autrement dit, la constitution d’une illusion suppose du spectateur qu’il maintienne deux niveaux de réalité permettant de situer l’œuvre dans un monde différentiel. L’immersion artistique mobilise des réglages adaptatifs. Elle accroît la capacité d’agir des...
« Le paradoxe de l’immersion sensorielle »
Yan Breuleux est professeur à l’École des arts numériques, de l’animation et du design (NAD-UQAC) et praticien dans le domaine de la musique visuelle pour des dispositifs immersifs. Depuis une vingtaine d’années, il collabore avec des compositeurs pour la réalisation de pièces multi-écrans, panoramiques et « FullDome ».
Inscrit dans une perspective de recherche-création, cet article vise à
contribuer, par l’analyse de projets artistiques, à une meilleure compréhension des spécificités du langage de l’immersion.
Mots-clés : Immersion sensorielle, recherche-action, Internet, temporalité, expérience, algorithmes.
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« L’économie de l’intention et l’hyperdocumentarité »
Franck Cormerais, professeur à l’université Bordeaux Montaigne, laboratoire MICA EA 4426 est responsable de l’axe prioritaire Humanités digitales. Il est docteur en philosophie (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), en science de l’information et de lacommunication (université Paris 13 Nord). Ses recherches portent sur l’anthropologie des techniques et sur les pratiques herméneutiques des TIC. L’économie de l’intention repose sur des algorithmes. Elle participe d’un mouvement qui cherche à cerner les intentions des internautes. Avec elle, se déploie un capitalisme cognitif qui repose sur un nouveau régime documentaire que nous nommons « hyperdocumentarité ». Ceci implique une dimension politique de l’économie qui engage l’hyperdocumentarité. Il s’agit de penser les relations entre le...
« Prolégomènes à des infrastructures intellectives pour l’édition numérique scientifique »
Jean-Max Noyer, professeur émérite des universités (Toulon) et consultant, est chercheur associé au laboratoire Paragraphe, université Paris 8, Vincennes, Saint-Denis. Il codirige les collections « Intellectual Technologies » et « Territoires Numériques ». Il est cofondateur des archives ouvertes SIC et a fondé la revue Solaris. Il travaille sur les transformations anthropo-techniques. Le développement des mémoires numériques dans le domaine des sciences, couplé avec la crise des humanités et la difficulté de faire apparaître les relations internes des savoirs, imposent de nouvelles exigences aux infrastructures de l’édition. Sont en jeu les écritures du web, les technologies intellectives qui rendent productifs ces nouveaux « milieux » d’intelligence. L’article met en évidence les...
« Être robot. Immersion cyborg avec Bill Vorn »
Jean-Paul Fourmentraux, docteur en sociologie et habilité à diriger des recherches doctorales, est professeur des universités en arts et humanités numériques à AixMarseille Université. Il est également membre du laboratoire d’études en sciences des arts (LESA, Aix-Marseille Université) et chercheur associé à l’École des hautes études en sciences sociales de Paris au Centre Norbert Elias (UMR-CNRS 8562). L’œuvre du Canadien Bill Vorn bouscule la frontière entre des domaines d’activité qui étaient jusque-là relativement cloisonnés : créant sur le plan artistique des installations et performances immersives qui utilisent la robotique, le contrôle de mouvement, le son, la lumière, la vidéo et interrogeant sur le plan de la recherche, les dilemmes de la vie artificielle, les processus...
« L’intelligence collective, entre le pharmakon de la collaboration et l’émancipation promise par la coopération »
Philippe Béraud, docteur en économie, est économiste et titulaire de l’habilité à diriger des recherches. Il est responsable des programmes de spécialité en ingénieried’affaires et en réseaux/finances à Télécom Bretagne. Ses travaux de recherche portent sur l’économie des industries de réseau et sur l’économie du développement. Il est également membre de l’ERUDIT et de l’ISMEA. L’article rend compte, à travers une analyse de L’Impasse collaborative d’Éloi Laurent, de la relation contradictoire entre les dérives de l’économie collaborative et l’exigence sociale de coopération, ce qui contribue à mettre en perspective, dans le champ du numérique, les approches critiques du capitalisme de plateforme et les propositions qui s’efforcent de définir les contenus du Platform Cooperativism. Mots...
N°3: Variations digitales et transformation du milieu.
Variation, varia, variété Aujourd’hui, l’expression latine ne varietur fait difficilement sens. Autrefois le « afin qu’il ne soit rien changé » était accepté comme marque d’authenticité. Cette expression garantissait et protégeait le souhait et la volonté même de l’auteur ou encore elle marquait le moment définitif du texte, celui à partir duquel, le travail d’écriture et de correction se trouvait achevé. La variation est devenue ensuite l’exploration des développements possibles d’un thème. En musique par exemple, elle expose les différentes transformations du thème comme autant de possibilités de son exposition jusqu’à l’épuisement après en avoir montré tous les aspects et les ressources. Toutefois, la variation demeure encore une combinatoire, comme le sont, les...
N°2 : le gouvernement des données
Le numéro 2 de la revue Études Digitales ouvre un champ de réflexion où, à partir de la montée contemporaine de l’hyperconnectivité des réseaux, les algorithmes concentrent le lien entre données et pouvoir. La compréhension de ce phénomène sera envisagée en deux mouvements distincts mais absolument complémentaires. Le premier mouvement, via l’informatique, rend compte d’une mutation majeure dans les formes du savoir. Dans cette orientation, le « devenir donnée » de toute connaissance inscrit une nouvelle étape de l’histoire des écritures qui se traduit par le passage du monde des signes aux mondes des data. Le second mouvement, via le politique et par conséquent par les données du pouvoir, produit une transformation des formes de la gouvernementalité qui s’inscrit dans le sillage indirect...
N°1 : Le texte à venir
“Cette revue ne sera pas une revue, c’est-à-dire une expression panoramique des activités culturelles, littéraires et politiques de notre temps. Il y a très peu de chose qui doivent nous intéresser dans cette revue, ou en d’autre termes nous ne devons pas donner l’impression que nous sommes curieux de tout. Ou encore, nous ne devons nous intéresser qu’au tout, là où le tout est en jeu, et toujours retrouver cet intérêt et cette passion du tout ; puis, nous devons nous demander si l’intérêt essentiel ne va pas aussi à ce qui est en dehors de tout.”Maurice Blanchot – texte préparatoire au projet de “Revue Internationale” (1960-1964), publié dans la revue Ligne n°11, 1990. La revue Études DigitalesDepuis quelques années, nombre de livres et d’articles décrivent les changements qui...
