AAC Études Digitales n°10: Cartographie et visualisation. Regards de concepteurs et d’épistémologues

A

Le dossier sera coordonné et introduit par Éric Guichard (philosophie et sciences de l’information).

Le numéro privilégiera les analyses et témoignages des concepteurs, indépendamment de leur métier (chercheur ou non) et de leur perspective (physique, géographie, histoire, informatique, design, etc.). En général, une carte ou une production visuelle répond à une demande personnelle: comment expliciter un phénomène qui ne se laisse pas mettre en équations ou en catégories ? En quoi le passage à l’écriture planaire, éventuellement animée ou articulée à un système de requêtes, facilite-t-il l’intuition ou permet-il les prémisses d’un raisonnement ? Ensuite vient le temps de l’illustration synthétique, et de la façon dont l’auteur imagine l’appropriation et la compréhension de son objet graphique par des lecteurs. Ces deux démarches sont bien connues des géographes, et redécouvertes par les informaticiens et designers (algorithme de Louvain, sémiologie graphique convaincante, etc.).

Cette « pratique » alimente aisément la réflexivité dans la mesure où l’auteur (parfois pluriel) s’étonne du fait qu’un mélange de sources souvent retravaillées, de calculs, de productions graphiques participe du raisonnement et va parfois infléchir les hypothèses initiales. La démarche intellectuelle apparaît alors lourde de technicité ; se pose alors la question de savoir si elle est propre à ces opérations de visualisation ou si elle vaut en toute circonstance. Ainsi, cartographie et visualisation participent de la mise en doute du prédicat de la « pensée pure », en montrant à quel point cette dernière peut être technique. En ces temps où toute carte ou animation s’écrit (avec des programmes, des bibliothèques, des formats comme le SVG, etc.), les questions déjà abordées par Jack Goody (technologie de l’intellect, effets de l’écriture) ou Gilles Gaston Granger (lien entre pensée et calcul) retrouvent leur pertinence. À ces perspectives épistémologiques s’en ajoutent d’autres, qui renvoient autant à la physique et à la mathématique qu’aux sciences sociales : le monde est-il donné ou écrit ? Qu’est-ce qu’une représentation ? Enfin, les statuts changeants des acteurs/auteurs au fil des générations (mathématiciens, ingénieurs, géographes, informaticiens, etc.) invitent à évaluer les nouvelles relations entre disciplines (entre dialogue et domination) qui peuvent se tisser au fil des usages de ces systèmes d’écriture.

Les thématiques de ce numéro pourront aussi explorer ou préciser les points suivants :

  • Implicites épistémologiques d’une méthode graphique: par exemple, le privilège accordé aujourd’hui aux graphes de réseaux sociaux face aux analyses factorielles, qui peut signaler un refus (ou une impossibilité, du fait de l’absence de données) d’intégrer des variables socio-professionnelles stables et une focalisation sur l’instant au détriment d’interactions ou de pratiques sur le moyen terme.
  • Fiabilité de la représentation : qu’est-ce que convaincre, qu’est-ce que comprendre ? En quoi la « preuve graphique » constitue un chaînon du raisonnement ? Son appropriation par certaines disciplines signale-t-elle une transformation de leurs épistémologies ? Comment cette preuve graphique évolue avec les bibliothèques actuellement disponibles sur le web ?
  • Liens entre carte et territoire, étendus aux questions de spatialité et de territorialisation de l’internet (et du numérique).
  • Approches littéraires, artistiques en lien avec le numérique et les points épistémologiques précités.
  • Lien entre représentation graphique et données : comment concilier le caractère construit de la visualisation avec le fait que les obtenues sur lesquelles elle se fonde sont elles-mêmes construites ? Ce point pourra prolonger les précédents.

Ce numéro s’appuie sur la réflexion amorcée lors de l’école d’été de cartographie et de visualisation, qui a vécu sa troisième édition du 1er au 3 juillet 2019, à l’Enssib (Lyon). Le projet d’un dossier spécial de la revue Études Digitales s’est affiné au cours de cette triple manifestation. Ce sera le numéro 10, qui sera publié en 2020.

Ce numéro sera majoritairement textuel car les résultats les plus récents en matière de cartographie et de visualisation, orientés vers l’animation et l’interaction, ne se prêtent guère à une forme imprimée. Le format des articles est ouvert jusqu’à 40000 signes (espaces compris), sachant que certaines contributions peuvent être synthétiques. Il est possible d’intégrer des images ou graphiques en noir et blanc, de haute définition (300 dpi) et libres de droits.

Calendrier : envoi des propositions (résumé de 5000 signes) jusqu’au 6 décembre 2019 pour avis du comité éditorial, qui sera donné pour le 20 décembre. Envoie des articles complets pour le 9 mars 2020 pour une évaluation en double aveugle. Publication en 2020.

Les  propositions sont à envoyer aux deux adresses suivantes : Eric.Guichard@enssib.fr ; etudesdigitales@gmail.com

Par Études Digitales - web